Avec près de 350 000 ans d'existence les Néandertaliens n'étaient pas seuls au monde... Néandertal a cohabité avec Homo sapiens, mais quelle fut la nature de la rencontre ? Néandertal a disparu, pourquoi ?

A voir dans l'exposition

Pendant les plus de 300 000 ans de son existence, l’Homme de Néandertal a produit des cultures lithiques très diverses, au même titre que ses contemporains.

© MNHN-JC Domenech

Sépulture de Qalzeh (Israël). Datés entre -96 000 et -80 000 ans, ces restent confirment la contemporanéïté au Proche-Orient de Néandertal et de l’Homme moderne ainsi que leur non-filiation.

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Reconstitution des muscles de la tête et du cou de l’Homo neandertalensis de La Chapelle-aux-Saints en Corrèze datant de 1921. Il aurait été le modèle du sculpteur Rodin pour son « Penseur ».

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Dans 5 alcôves, des interfaces interactives permettent d’écouter l’avis des chercheurs sur les différentes hypothèses de la disparition de Néandertal.

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En Chine et en Asie du Sud-Est, d’après les dernières recherches, 3 voire 4 espèces humaines étaient contemporaines de Néandertal.

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Le mythe de la lutte de Néandertal avec l’Homme moderne.

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Un « concept store » à la fin de l’exposition illustre la présence de Néandertal dans notre quotidien.

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Quand Néandertal se rapproche d'Homo Sapiens

Pas si différents...

Dans une grande vitrine stratigraphique est exposée une trentaine de silex illustrant la diversité des cultures techniques néandertaliennes d’Europe de l’Ouest, dans l’espace et dans le temps du Paléolithique moyen. Néandertal vivait au sein de petits groupes répartis sur un vaste territoire et il n’a pas, pendant 350 000 ans, conçu les mêmes outils partout. Ses traditions culturelles, influencées par la disponibilité et la qualité des matériaux, portent des noms variés : Moustérien (la plus vaste dans le temps et dans l’espace), Keilmessergruppen (en Europe centrale), etc. Vers la fin de l’époque néandertalienne, on note une très grande diversité de cultures techniques, comme si ce monde « éclatait ». Le Moustérien fut partagé par Néandertal et Homo sapiens au Proche-Orient, où les deux populations enterraient leurs défunts de la même façon. Ces convergences sont illustrées par le moulage d’une des plus anciennes sépultures, découverte sur le site de Qafzeh en Israël.

Pas seul au monde

Quand Néandertal occupait l’Eurasie il n’était pas seul : Homo sapiens était présent à l’Est et d’autres espèces peuplaient la planète. En 2003, en Indonésie, sur l’île de Flores, des ossements d’une « petite femme » ont été découverts dans une grotte. À cette nouvelle espèce insulaire particulière on a donné le nom d’Homo floresiensis, un descendant d’Homo erectus dont les derniers représentants étaient sans doute encore présents en Asie du Sud-Est.

En 2010, en cherchant à quelle espèce appartenait un petit bout de doigt trouvé sur le site de Denisova (Sibérie), les généticiens ont identifié une autre espèce d’Homo qui parcourait les plaines de l’Altaï il y a 55 000 ans. Le moulage d’une dent trouvée à Denisova et la dermoplastie de la femme de Flores, réalisée par Elizabeth Daynès, illustrent cette humanité plurielle, dont les représentants ont disparu, à l’exception d’Homo sapiens qui va seul coloniser toute la planète.

 

Nouvelle rencontre (2014). Aquarelle et crayon, réalisé pour la Cité de la Préhistoire, Grand site de d’Aven D’Orgnac
Nouvelle rencontre (2014). Aquarelle et crayon, réalisé pour la Cité de la Préhistoire, Grand site de d’Aven D’Orgnac, by © Benoit Clarys

Le mythe de la lutte avec Homo sapiens

Au XIXe siècle, Néandertal étant considéré comme inférieur à l’Homme moderne, sa disparition allait de soi. Il avait été logiquement supplanté par un être supérieur, nous. Cependant, l’hypothèse d’un conflit tournant à l’avantage d’Homo sapiens est peu vraisemblable et nous n’en n’avons pas de traces évidentes. Par ailleurs, leur territoire commun était assez vaste pour répondre aux besoins de populations peu nombreuses et dispersées. De plus, certains groupes néandertaliens, notamment les plus à l’Ouest, n’ont sans doute jamais rencontré d’Homme moderne dont l’implantation dans toute l’Europe a pris du temps. Si des conflits ont pu exister, ils furent très certainement restreints et localisés.

Les preuves d'une rencontre

En l’état actuel des connaissances, il semble avéré que Néandertal et Sapiens ont coexisté dans les Balkans, en Europe centrale et orientale pendant plusieurs millénaires. Un laps de temps suffisant pour entretenir toutes sortes d’échanges. Depuis une décennie les progrès de la paléogénétique ont permis d’éclairer d’un jour nouveau l’évolution des Néandertaliens et leurs relations avec d’autres lignées humaines.

Le délicat séquençage de l’ADN ancien néandertalien a parlé : les Européens et les Asiatiques contemporains partagent de 1 à 4 % de leur génome avec les Néandertaliens, ce qui n’est pas le cas des Africains. S’il y a eu métissage, alors qu’est-ce qu’une espèce humaine ? Les Néandertaliens et les Hommes modernes constituent-ils deux espèces différentes ? Ces questions nourrissent le débat entre scientifiques.

De l'outil à la culture

Des dizaines de milliers d’outils de pierre attribués aux Néandertaliens ont été exhumés. Leur analyse est fondamentale en Préhistoire. Leurs caractéristiques ont permis de différencier les systèmes culturels néandertaliens correspondant à des zones géographiques et à des périodes données. Ces cultures techniques ont été nommées en utilisant le nom du site où elles ont été identifiées pour la première fois. Le « Moustérien » désigne une culture majeure du Paléolithique moyen, le terme est issu du site de Peyzac-le-Moustier en Dordogne, fouillé en 1863 et qui a révélé de nombreux outils lithiques.

Biface
Biface, by © MNHN - JC Domenech

Néandertal a-t-il vraiment disparu ?

Après 350 000 ans de présence attestée, Néandertal disparaît des couches géologiques autour de 30 000 ans avant notre ère. Chasseur ingénieux, il a survécu à d’importantes variations climatiques… Alors comment expliquer sa disparition ? Est-elle due à un changement d’environnement et à des problèmes de subsistance ? Est-elle le résultat d’une compétition avec Homo sapiens ? Est-ce la preuve de son infériorité ? A-t-elle été causée par des maladies, des virus importés par ces envahisseurs ? Les causes de la disparition de Néandertal sont-elles à chercher avant même l’arrivée des Hommes modernes et attribuables à un lent déclin démographique ? Il n’est plus question aujourd’hui de trouver une seule raison, plusieurs phénomènes sont invoqués pour expliquer la disparition de Néandertal.

Les différentes hypothèses s’affichent sur les parois d’un espace cylindrique et, dans 5 alcôves, des interfaces interactives permettent de choisir parmi la dizaine de propositions et d’écouter l’avis des chercheurs : Philippe Charlier (médecin légiste) - Pierre-Henri Gouyon (biologiste) - Jean-Jacques Hublin (paléoanthropologue) - Céline Bon (généticienne) - Évelyne Heyer (généticienne) - Jean-Jacques Bahain (géologue) - Pascal Depaepe et Marylène Patou- Mathis (commissaires scientifiques de l’exposition).

Did Neanderthal really disappear ? The different hypotheses are displayed on the walls of a cylindrical space where you can also choose among a dozen propositions and listen to scientists’ views.
Néandertal a-t-il vraiment disparu ? Les différentes hypothèses s’affichent sur les parois d’un espace cylindrique où vous pourrez choisir parmi les propositions et écoutez l’avis des chercheurs., by © MNHN – JC Domenech

Un Néandertalien dans Paris

En 1919, à l’issue d’une conférence au cours de laquelle Marcellin Boule, paléontologue au Muséum, présentait les conclusions de son étude du squelette de l’homme de la Chapelle-aux-Saints, Néandertal s’est invité dans la sphère publique. Ce nouveau venu n’était pas qu’un fossile…

Le sculpteur-graveur Joanny Durand écrivit à Boule pour lui signaler qu’« Il existe à Paris un homme qui présente tous les caractères de la race simiesque ». Un solide gaillard qui aurait été le modèle du sculpteur Rodin pour son Penseur. Pour répondre à l’intérêt manifeste du grand public, Marcellin Boule va faire appel à Joanny Durand pour réaliser, en 1921, la reconstitution des muscles de la tête et du cou de l’Homo neandertalensis de La Chapelle-aux-Saints en Corrèze. L’écorché, présenté dans l’exposition, est depuis sa création dans les collections du Muséum. 

Reconstitution en plâtre du buste de l’Homme de la Chapelle-aux-Saints par le sculpteur Joanny Durand
Reconstitution en plâtre du buste de l’Homme de la Chapelle-aux-Saints par le sculpteur Joanny Durand, by © MNHN - Daniel Ponsard

Épilogue : Néandertal bien présent

Pas à pas, le visiteur a appris à mieux connaître Néandertal. De créature primitive, il est devenu un humain doué de raison, un être singulier qui s’incarne grâce au travail de reconstitution de l’artiste plasticienne Elizabeth Daynès. La création originale de « Kinga », femme néandertalienne, combine avec finesse la synthèse des données scientifiques actuelles, la qualité de l’exécution et l’interprétation par l’artiste de cette part d’inconnu qu’aucun squelette ne saurait combler : la mimique et le regard.

À ce face à face est associé un « concept store » illustrant la présence de Néandertal dans notre quotidien : des affiches de cinéma, des produits dérivés disposés sur une table (figurines, mugs, casquettes, parfum…), des clips et des extraits de films diffusés sur trois écrans et des albums de bande dessinée ouverts sur trois lutrins.